Ça fait quoi de vivre en Inde ?

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C’est pas trop dur de vivre en Inde ?” Voilà sans doute la question que l’on me pose le plus souvent à propos de mon expérience dans ce pays. Pourtant, je n’ai toujours pas trouvé de réponse. Au choix, je me contente d’un « non, ça va », ou je pars dans de stupides divagations philosophiques qui, sans doute, ennuient mon interlocuteur. Évidemment, ce n’est pas tout blanc, ni tout noir. Oui parfois c’est dur de vivre en Inde, mais la vie ici est aussi, parfois, facile.

fillette varanasi

Même en Inde, les expatriés ont la belle vie !

L’Inde offre aux expatriés de nombreuses façons de se faciliter la vie. L’argent d’abord, n’est que rarement un problème. Globalement, le rythme et les habitudes de consommation sont largement diminués par rapport à ceux que nous avons en France et on est loin du système de sur-consommation qui nous pousse chaque jour, à acheter tout et n’importe quoi. Malgré tout, mon pouvoir de consommer ici est différent : je peux (presque) tout m’offrir sans réfléchir aux conséquences financières.

La vie quotidienne aussi est facilitée : Le Californien est moi n’en avons pas nous-même mais la majorité des expatriés, même les étudiants, ont une bonne qui vient plusieurs fois par semaine faire le ménage, la vaisselle et la lessive. Pour ceux qui travaillent dans les ambassades ou de grandes entreprises, la vie en Inde vient avec son lot de servants, cuisinières, chauffeurs et gardes. Le confort des maisons d’expatriés est généralement supérieur à celui qu’ils pourraient s’offrir en France. On peut aussi ne fréquenter que le milieu expat’ et passer sa vie entre les bibliothèques tournantes organisées par les femmes d’expatriés et les soirées dans les hôtels les plus chics de la ville – avec, le mardi matin, une virée dans une ONG locale pour se donner bonne conscience.

Bref, n’apercevoir l’Inde et sa réalité qu’à travers les vitres teintées de sa berline. Même sans aller dans ces extrêmes, on peut, par exemple, s’éviter de cuisiner en allant au restaurant tous les jours – ce que je fais. L’argent a ce pouvoir de faciliter la vie.

Se blinder ou garder sa sensibilité ?…

Mais l’Inde est dure pour le coeur, pour l’esprit et pour le moral (je sais, ça sonne cliché). C’est dur parce que je ne vis pas dans une tour d’ivoire isolée de la réalité.

Je vis dans un quartier normal, avec son lot d’aberrations, de pauvreté et de saleté. Il n’y a pas un seul jour que je passe sans avoir envie de pleurer de pitié pour quelqu’un, ou sans avoir envie d’enlacer ce gamin pour lui donner un peu de répit. Pas un seul jour sans que je ne sois bouleversée par le regard d’un homme ou d’une femme dans la rue, et pas un seul jour sans que je ne m’émeuve du sourire de quelqu’un croisé sur mon chemin. Parfois, les sourires ici se gagnent après de longues semaines à se croiser et se croiser encore mais je peux vous dire que les sourires que vous finissez par obtenir sont les plus beaux et les plus sincères. Souvent, ils sont tout ce que l’on a à vous offrir, et ils sont alors d’autant plus précieux.

L’Inde c’est dur aussi parce qu’il fait chaud (mais la clim d’un douillet appartement apporte un peu de répit), parce que la circulation est incessante et qu’il n’y a pas de place pour le piéton (mais le chauffeur qui nous conduit chaque jour au bureau permet d’éviter de manquer de se faire écraser toutes les deux minutes), parce qu’en tant que femmes blanches ce sont des dizaines de regards déplaisants (ou juste curieux, mais à la longue c’est vite pénible) qu’on reçoit chaque jour (mais encore une fois, bien calée sur le siège de sa voiture, des regards on s’en prend finalement assez peu). Alors, tout est une question de choix. Moi, je n’ai pas la clim et je marche chaque jour 40 minutes pour me rendre au bureau et revenir à la maison. Alors parfois oui c’est dur et désagréable, mais j’assume.

[Une indienne et moi-même à l'entrée de sa maison.] Les kolams sont dessinés chaque matin devant les maisons, et sont censés apporter la prospérité et indiquer l'humeur du jour de la maîtresse de maison.

[Une indienne et moi-même à l'entrée de sa maison.] Les kolams sont dessinés chaque matin, et sont censés apporter la prospérité et indiquer l’humeur du jour de la maîtresse de maison. Et non, il n’y a pas de lien entre cette photo et l’article (au cas où vous vous posiez la question). (La photo a été prise par ma copine Faustine)

Trouver sa fine balance

Le plus dur, sûrement, lorsqu’on vit en Inde, c’est de garder son intégrité. Comment trouver le juste milieu entre sa vie d’expatrié et la réalité du pays que l’on aperçoit tous les jours. Comment mêler ses sorties dans des bars, restaurants et cinémas réservés à ceux qui ont de l’argent et continuer à respecter ceux qui triment toute la journée et qui ne trouveront jamais aucune porte de sortie à leur pauvreté, ou à aider ces gamins des rues qui essayent de s’en sortir entre les murs de cette ONG ? Bref, il y a une fine balance, un équilibre, à trouver (Je lis A fine balance de Rohinton Mistry en ce moment, d’où l’inspiration (On vient de me dire que le titre en français est « L’équilibre du monde » (vachement moins bien, non ?)).

Tout ça pour dire que la vie en Inde suit son cours, entre le confort du statut d’expatrié et la réalité de la rue, entre ce qu’on s’empêche de voir et ce que l’Inde accepte de nous montrer. Il y a ce juste milieu à trouver pour ne pas devenir complètement fou. On se sent bien dans le confort d’un chez soi à condition d’être intègre et de ne pas ignorer ce qui se passe dehors. L’Inde est accueillante à condition qu’on la laisse nous offrir ce qu’elle a a nous offrir et qu’on soit conciliante avec ses défauts et ses différences.

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22 commentaires

  • Le Mag à Lire dit :

    Ton article me parle tellement ^^

    Bravo,

    Mag
    http://www.lemagalire.fr

  • Laurent dit :

    Ton point de vue cadre beaucoup plus avec ce que j’aime entendre qu’avec ce que je croise généralement en voyage. Au fil du temps, j’ai fini par quasiment fuir les communautés d’expats.
    Quand c’est dans un pays pauvre, j’ai souvent comme l’impression d’être en face de pseudo ex-colons qui seraient eux des gens importants pas comme les autochtones faignants. Je caricature gravement certes mais il y a tout de même de ça. Et puis cette manière de vivre la grande vie parce-que avec leurs revenus d’expats, ils sont 10 fois plus riches qu’ils ne le seraient en France. J’aime voyager à l’essentiel donc je ne suis pas trop compatible avec ça.
    Évidemment il y a des exceptions dont tu sembles faire partie mais je trouve qu’elles sont trop rares. Cet état de fait me désole donc maintenant je prends souvent la tangente :-(
    Dernier article de Laurent : Dans la peau d’une star au BangladeshMy Profile

    • venividivoyage dit :

      Je suis totalement d’accord avec toi, je fuis le plus possible la communauté d’expat dont le comportement me met assez mal à l’aise. D’un autre côté j’évite de trop cracher sur eux car je sais que bien malgré moi j’appartiens aussi à cette communauté ! Dur, dur…

      Je ne suis pas vraiment une exception, ce qui change c’est que je suis là en tant qu’étudiante (même si je fais un stage) et que je ne gagne pas d’argent donc mon budget est limité (même si largement suffisant). Ca évite les débordements ;) (Cela dit j’imagine que c’est surtout une question de choix !)

  • kevin @embarquement voyage dit :

    Comme toute expatriation, on se confronte toujours à la culture des autres dans un premier temps. Il n’est pas facile de passer du statut du simple touriste à l’étranger qui vit dans le pays. D’ailleurs, je pense qu’il est impossible de s’intégrer car les différences culturelles sont trop éloignées.

    Je vis cela en Thaïlande depuis plusieurs années. En tout cas, c’est vraiment une expérience que je souhaite à tout le monde.

    Kevin
    Dernier article de kevin @embarquement voyage : Que visiter à Hiroshima?My Profile

    • venividivoyage dit :

      Ah mon avis, il est possible de s’intégrer mais dans un cercle restreint : dans son quartier ou dans sa rue par exemple, où tout le monde nous connait et sais qu’on habite dans le coin. Mais dés qu’on franchit cette limite de son monde quotidien, on redevient cet étranger… Juste parce qu’on a l’air différent !

  • Je ne me suis jamais imaginé vivre en Inde. Je pense que le choc culturel serait trop important pour moi mais visiter ce pays plus tard ! Surement !
    Dernier article de [email protected] : Séjour linguistique à MiamiMy Profile

  • Piotr dit :

    « L’Inde offre aux expatriés de nombreuses façons de se faciliter la vie. L’argent d’abord, n’est que rarement un problème. »
    Lorsque l’argent ne devient plus le souverain bien de notre vie, on se met à apprécier les choses différent; on ne vit plus dans l’angoisse mais je crois alors, comme tu l’évoques, que notre regard s’ouvre plus encore à la misère et aux fosses infranchissables entre ceux qui ont et ceux qui n’ont rien.
    Dernier article de Piotr : Peurs et portraits au PérouMy Profile

    • venividivoyage dit :

      Soit ça te fait prendre conscience du fossé entre riches et pauvres, soit cela place un écran entre toi-même et la pauvreté ambiante. Il y a beaucoup de gens en Inde qui vivent dans leur bulle de richesse et n’ont même plus conscience de la misère qui les entoure !

      • Piotr dit :

        Le problème de l’aveuglement se retrouve partout. Même en France avec ceux qui vivent dans leur tour d’ivoire, inconscient des problèmes du peuple et qui parfois sont censés nous représenter:

        Pardon, je dévie sur la politique… mais parait qu’en Inde ce domaine est folko aussi.
        Dernier article de Piotr : Peurs et portraits au PérouMy Profile

  • michel dit :

    ça donne envie d’y aller :)
    Dernier article de michel : Inde : Envolez-vous dans un pays enchanteur !My Profile

  • Haydé[email protected] dit :

    Ton récit est touchant. Combien restes-tu encore en Inde ? Et si tu avais le choix resterais-tu encore longtemps du fait de vivre le cul entre deux chaises ?

    Je ne sais plus quoi penser de l’Inde, le mieux est que j’y aille, mais j’avoue que ce n’est pas ma priorité pour le moment bien qu’elle m’intrigue.

    Un blogueur-voyageur m’en a fait récemment un tableau noir :  » Tu essaye de visualiser l’enfer, tu multiplie le résultat par 100 et tu obtiens l’inde ».
    Qu’en penses-tu ?

    • venividivoyage dit :

      Salut Haydée, merci pour ton commentaire ! Je reste encore précisément… une semaine en Inde… (sujet sensible :p) Je finis mon stage vendredi prochain et dés lundi je pars au Sri Lanka. Je dis toujours que j’adore vivre en Inde et que j’adorerais y rester plus longtemps, peut-être trouver un job. Après tout, j’y suis revenue, c’est bien que j’ai ce pays dans la peau ! Mais c’est aussi assez usant et pas vraiment un endroit sympa pour se « poser » à long terme. Donc je reviendrais éventuellement pour quelques années en fonction des opportunités qui s’offrent à moi !

      Pour celui qui t’a sorti cette comparaison entre l’Inde et l’enfer, je pense que c’est un idiot (désolée) ! Il a du tout rater, ne rien comprendre à ce pays, s’attendre à se trouver dans un paradis où tout est fait pour faciliter la vie du backpacker lambda qui se prend pour un aventurier, comme on peut le trouver en Thaïlande… Mes mots sont un peu durs mais l’Inde demande définitivement une certaine ouverture d’esprit… Peut-être en manquait-il ?

      Bref, je ne peux que t’encourager à aller en Inde évidemment ! Vas-y sans a priori, juste les yeux et le coeur grand ouverts, laisse tes jugements de côté et je suis sûre que tu t’y plairas :)

    • le tableau noir n’existe pas,

      l’inde est un très grand pays, les choses peuvent être très différentes selon les régions ! Un pays d’une richesse culturelle, d’ immense joyau classer au patrimoine de l’unesco ,l’inde ces la richesse et la misère qui se mélange, un mélange de culture detonnant. L’inde est un monde qui d’ancien et de moderne, il ne faut juste pas avoir peur de regarder les choses comme elle le son .
      Je te conseil l’inde si tu veus découvrir un pays au milles et une facettes …

  • Haydé[email protected] dit :

    J’aime avoir des avis opposés ainsi je peux me faire ma petite idée ! :)
    J’ai aussi mon ex qui est parti y vivre un an (c’est d’ailleurs le jeune homme qui apparaît dans ma dernière vidéo d’une année sabbatique au Brésil dans mon dernier article lol.
    Il a adoré l’Inde, il me parlait toujours du côté spirituel des lieux.
    Concernant « l’idiot » en question alors justement, c’est un cycliste qui ne jure que par le voyage à vélo, fait plus de 100 km par jour, ne dort que dans sa tente et son sac de couchage et insupporte les sentiers battus.
    D’où le fait que j’ai écouté avec attention son avis sur l’Inde. En fait, il m’a aussi dit que les routes étaient clairement impraticable pour un cycliste. Qu’en penses-tu ?
    Mais je suis toute ouïe, quelque part ce que tu me dis me rassures. Merci également.
    Tu pars au Sri Lanka pour des vacances, si ton stage est terminé il va bien falloir pensé à revenir, ou tu as déjà fait des démarches pour chercher un emploi là-bas ?
    Dernier article de Haydé[email protected] : Une année sabbatique pour vivre au Brésil ! [Interview Vidéo]My Profile

  • Gabriel dit :

    Je n’aime pas beaucoup les expatriés non plus, et je les évite au maximum quand je suis en Inde, mais ils ont l’avantage de partager la même culture et un point de vue différent des Indiens. De temps en temps, ça peut être sympa d’en retrouver quelques-uns pour regarder un match de foot, et de fréquenter des communautés d’expatriés d’autres pays !
    Mais le trip de certaines « French housewives » qui suivent leur mari et passent la journée chez elles, en niant totalement le fait qu’elles sont en Inde, ça j’ai du mal à comprendre.

    • venividivoyage dit :

      Je suis assez d’accord… De toute façon on n’échappe rarement au milieu expatrié qui nous rattrape toujours d’une façon ou d’une autre. Ce que j’ai tendance à fuir TRES VITE en revanche ce sont les petits groupes de frenchies excités qui parlent forts et se croient exceptionnels parce qu’ils habitent en Inde (c’est du vécu :p) !

  • Haydé[email protected] dit :

    Gabriel,
    J’ai parlé de cet aspect dans un de mes articles, l’une la mal pris. En fait j’ai juste retranscrit le témoignage d’un voyageur longue date qui parlait justement de ce phénomène que je connais peu finalement, je n’ai jamais traîner avec les expats.
    Si je puis me permettre (Joana) je met le lien de mon article
    http://www.travelplugin.com/les-10-choses-les-plus-difficiles-lorsque-lon-part-vivre-a-letranger/
    C’est tout à la fin. Je souhaiterai savoir si tu es d’accord avec lui Gabriel (celui qui témoigne)

    Merci
    Dernier article de Haydé[email protected] : Pensiez-vous tirer toutes ces leçons de vos voyages ?My Profile

    • venividivoyage dit :

      Pas de problème Haydée, d’ailleurs j’ai pensé directement au commentaire que cette nana t’avait laissé en lisant le commentaire de Gabriel. Il n’y a que la vérité qui blesse héhé… Donc il y a sûrement une part de vrai dans tout ça ! Après, évidemment, toutes les femmes d’expat ne sont pas comme ça, et puis surtout n’oublions pas qu’il y a des femmes qui s’expatrient d’elles même, pour elles même, et pas seulement pour suivre le mari !

    • Gabriel dit :

      Forcément, il ne faut pas tomber dans la diabolisation de l’expatrié. L’expatrié n’est pas le mal absolu, mais c’est vrai qu’il évolue souvent dans un contexte économique plus favorable qu’à la maison et qu’il en profite davantage; c’est l’un des grands avantages de l’expatriation, mais ça peut faire tourner les têtes de certains, parfois bien inconsciemment ! Et puis souvent, les expatriés se voient donner un standing par leur entreprise et ils en sont prisonniers. Ne pas avoir de domestiques quand on est riche en Inde, je pense aussi que c’est assez mal perçu, parce que ça contribue à l’emploi local d’en avoir !

      Finalement, ce n’est pas tant sur la manière de vivre qu’il faut juger les gens (chacun vit comme il le veut) mais sur leur attitude. Quand j’entends des gens se plaindre de la saleté de l’Inde ou de la fainéantise générale, je trouve ça méprisant et signe de quelqu’un qui ne cherche pas à aller plus loin mais reste à des opinions superficielles. Et c’est finalement cela que je trouve le plus triste, le manque de curiosité pour le pays où l’on vit !

  • Bruno @ Votre Tour du Monde dit :

    L’inde m’a toujours plus attiré pour un long voyage que pour y vivre, je ne saurais l’expliquer …
    Pourtant, ton récit vient de me faire changer d’avis ! Enfin, de quoi faire un stage la-bas, mais pas plus quand même ;)
    Dernier article de Bruno @ Votre Tour du Monde : Musée Londres : Notre top 5 des musées gratuitsMy Profile

    • venividivoyage dit :

      Bah, je pense que c’est normal, ce n’est pas vraiment un pays facile et « confortable », donc on a rarement l’envie de s’y installer. Mais je suis contente de t’avoir fait un peu changer d’avis !

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